Sexualité et protection pour tous les couples

juin 22, 2018

Sexualité et protection pour tous les couples

Marie-Laurayne Poulin
Conseillère LUV et intervenante à GRIS Estrie

Je me rappelle que mon cours d'éducation sexuelle au secondaire m'a laissée bredouille. Mon professeur de sciences, visiblement aussi mal à l'aise que nous, avait préparé un diaporama avec des photos gros plan d'ITSS. Après nous avoir bien effrayés quant aux risques d'une relation sexuelle, il a distribué des préservatifs à toute la classe. Il nous a aussi rapidement expliqué qu'on devait toutes prendre la pilule si on ne voulait pas tomber enceintes. C'était tout. Rien sur la sexualité entre personnes de même sexe, rien sur les différentes pratiques, rien sur le plaisir, rien sur le consentement. 

Peut-être avez-vous eu une expérience différente de la mienne (je l'espère!), mais je me rends compte, avec inquiétude, que les adultes d'aujourd'hui ne connaissent pas grand chose au safe sex. Ce n'est pas un hasard si les cas d'infections transmissibles sexuellement et par le sang augmentent d'année en année. Voici donc un mini cours d'éducation sexuelle, prise 2, pour vous.

Les différentes ITSS et leurs modes de transmission

La syphilis

La syphilis est une ITSS facilement traitable si elle est dépistée rapidement. Par contre, si elle n'est pas dépistée à temps, elle peut évoluer en une infection grave qui s'attaque à tous les organes du corps, dont le cerveau. Elle peut même, dans de rares cas, causer la mort. La transmission de la syphilis est possible lorsqu'on entre en contact avec une plaie (indolore) infectée. 

La gonorrhée

La gonorrhée est une infection transmissible lors d'échanges de fluides comme la salive, les pertes vaginales, ou les spermatozoïdes. Mais ne vous inquiétez pas, le traitement contre la gonorrhée est gratuit et très efficace.

Le VIH

Le VIH est un virus de l'immunodéficience humaine transmissible par échange de fluides corporels (sang, salive, sécrétions vaginales et spermatozoïdes) avec une personne séropositive. Malheureusement, il n'existe pas de remède au VIH, mais on peut contrôler sa charge virale. Par contre, si le virus n'est pas contrôlé, il peut évoluer en SIDA et être fatal. 

La chlamydia

La chlamydia est une ITSS extrêmement répandue, mais facile à traiter. Elle se transmet par échange de fluides sexuels ou de salive. 

L'herpès génital

L'herpès est une infection transmissible par le contact d'une muqueuse (œil, bouche, organes génitaux) avec une lésion infectée. L'herpès buccal (feu sauvage) peut aussi être transmis aux organes génitaux lors du sexe oral. Cette infection ne se guérit pas et des poussées de cloques peuvent survenir aussi souvent que plusieurs fois par année. Il est tout de même possible de prendre un traitement en continu pour réduire la fréquence de leur apparition et leurs symptômes.

Les hépatites A, B et C

Les hépatites A, B et C sont des infections s'attaquant au foie. L'hépatite A est transmissible par le contact avec des selles infectées. L'hépatite B, elle, se transmet lors de la pénétration (par un pénis ou un jouet sexuel infecté) ou par contact avec du sang infecté. L'hépatite C, quant à elle, se transmet surtout lors de pénétration par un pénis où il y a contact avec du sang. Il existe heureusement un vaccin pour les hépatites A et B, mais pas pour l'hépatite C qui ne se guérit pas vraiment.

La LGV 

La LGV est une ITSS transmissible par le contact à une lésion infectée ou par l'échange de fluides corporels, plus particulièrement lors d'une pénétration anale non protégée. Si elle n'est pas traitée rapidement par antibiotiques, elle peut causer des dommages permanents aux organes génitaux et même au foie. 

Le VPH

Le VPH est une infection transmissible par contact bucco-génital, par frottement des organes génitaux et par pénétration. Cette ITSS très fréquente chez les jeunes adultes peut se développer en cancer du col de l'utérus si elle n'est pas traitée à temps. Heureusement, il existe un vaccin gratuit pour les filles de moins de 18 ans. 

Le safe sex

La pénétration vaginale ou anale

Il est évident que, pour pratiquer le safe sex, il faut utiliser des préservatifs lors de la pénétration. Et ce, à CHAQUE FOIS. Rappelez-vous que ça ne prend qu'un seul rapport sexuel non protégé pour contracter une ITSS. Aucune excuse n'est bonne pour ne pas mettre de préservatif: il existe des préservatifs de toutes les tailles, de toutes les formes et de plusieurs matériaux différents. Si vous perdez votre sensibilité lorsque vous enfilez un préservatif, c'est qu'il est probablement trop serré au niveau du gland. La solution? Les condoms internes qui sont beaucoup plus grands et insérés dans le vagin (ou l'anus) plutôt qu'enfilés sur le pénis. 

Il est aussi extrêmement important de ne pas prêter ses jouets sexuels à moins de leur faire enfiler un condom externe. Si vous avez des blessures sur les mains et/ou les doigts et que vous voulez quand même les utiliser pour stimuler votre partenaire, vous pouvez mettre des gants de latex (ou d'un autre matériau sécuritaire) pour vous protéger. Il existe aussi des mini préservatifs pour les doigts. 

Le sexe oral

Mais il ne suffit pas de se protéger durant la pénétration: il faut aussi le faire lorsque vous pratiquez une fellation, un cunnilingus ou un anilingus. Pour ce faire, il existe des condoms à saveur et des digues dentaires fruitées. Les digues dentaires sont des rectangles de latex qu'on applique sur la vulve ou l'anus pour pouvoir les lécher sans risques. Si vous n'avez pas de digue dentaire, vous pouvez utiliser un préservatif régulier et le découper comme dans la vidéo ci-dessous. 


La protection entre personnes LGBTQIA2+

La croyance populaire selon laquelle les femmes homosexuelles sont à l'abri des ITSS est complètement fausse. Tout d'abord, parce que les lesbiennes (ou bisexuelles) pratiquent aussi la pénétration vaginale (et même anale, pourquoi pas?). Mais surtout parce que la plupart des ITSS se transmettent aussi par simple frottement et par sexe oral. D'ailleurs, un autre mythe à jeter aux poubelles: seuls les hommes gais ou bisexuels seraient à risque de contracter le VIH. C'est totalement faux! Si vous avez des comportements à risques, vous devriez définitivement vous faire dépister. Vous pouvez aussi consulter votre médecin par rapport à la Prep, un traitement préventif contre le VIH.

Le dépistage

Aussi important que d'utiliser des préservatifs: le dépistage! Vous devriez  vous faire dépister entre chaque changement de partenaire(s) sexuel(s). Mais vous pouvez aussi vous faire dépister tous les trois mois, puisque certaines ITSS ne sont pas détectables immédiatement. Au Québec, vous pouvez vous faire dépister gratuitement dans toutes les cliniques de planning familial et dans les CIUSSS (CLSC). 

Éviter une grossesse indésirée

Comme il n'y a pas encore de contraceptif bloqueurs de spermatozoïdes sur le marché, la responsabilité de la contraception repose sur la personne qui a un utérus. Mais si vous avez un-e partenaire de longue date, vous pourriez envisager de partager les coûts liés à la contraception. Il se peut que vous ayez à essayer plusieurs contraceptifs avant de trouver le bon pour vous. Surtout, n'endurez pas d'effets secondaires qui vous rendent malheureux-ses: vous ne manquez pas d'options.

Les contraceptifs hormonaux libérant de l’œstrogène

Ces contraceptifs conviennent aux personnes qui veulent réguler leur cycle menstruel ou tout simplement éviter la fécondation de leurs ovules. La pilule, l'anneau, la patch et l'implant sont des contraceptifs hormonaux libérant de l’œstrogène. Malheureusement, ils ne sont pas recommandés aux personnes trans qui suivent un traitement hormonal impliquant de la testostérone. Ils sont aussi déconseillés aux personnes qui souffrent de migraines chroniques. Ces contraceptifs sont efficaces à condition de ne pas oublier de les prendre et d'être ponctuel-le. 

Les contraceptifs libérant de la progestérone

Ces contraceptifs sont parfaits pour les personnes qui désirent ne pas avoir à se soucier de contraception pour un long moment. L'injection de Depo-Provera et le stérilet hormonal font partie de ces contraceptifs. Ils ont l'avantage de réduire le flux et la fréquence des menstruations, mais ils nécessitent un rendez-vous avec un-e gynécologue (pour le stérilet) ou un-e infirmier-e (dans le cas de l'injection). Le stérilet est efficace aussi longtemps que 5 ans! Pour ce qui est du Depo-Provera, l'injection est à refaire tous les trois mois. Cette méthode de contraception est déconseillée aux personnes souffrant d'arthrite, d'arthrose et d’ostéoporose ainsi qu'aux personnes qui souhaitent pouvoir procréer dès l'arrêt de leur contraceptif. 

Les contraceptifs non-hormonaux

Le stérilet en cuivre, le préservatif et le spermicide sont des contraceptifs non-hormonaux. Ils sont généralement conseillés aux personnes trans masculines, puisqu'ils n'ont pas d'effet négatif sur leur hormonothérapie. Le préservatif est efficace à condition de l'utiliser correctement à chaque fois, ce qui peut rapidement devenir coûteux. Le spermicide (en mousse ou en éponge) n'est pas efficace seul, mais il est un bon accompagnement aux condoms. Pour ce qui est du stérilet de cuivre, il agit efficacement comme spermicide durant 10 ans et est très peu coûteux. Par contre, il peut provoquer des menstruations plus abondantes et nécessite une installation par un-e gynécologue. 

Les solutions d'urgence

Dans les premières 48 heures suivant une pénétration vaginale par un pénis non protégée, il est possible de prendre la ''pilule du lendemain''. Cette pilule peut être prescrite par un-e pharmacien-ne et, plus elle est prise tôt, plus elle est efficace.

S'il est trop tard et que votre test de grossesse est positif et que ça ne vous enchante pas du tout (peu importe vos raisons), vous pouvez envisager un avortement. SOS Grossesse peut vous aider à y voir plus clair. Si c'est ce que vous choisissez, durant le premier trimestre de grossesse, une pilule abortive vous sera proposée gratuitement. Cette pilule déclenche des contractions utérines, donc il se peut que vous ressentiez des douleurs menstruelles. Après le premier trimestre, c'est une IVG chirurgicale qui vous sera offerte gratuitement. Prévoyez-vous au moins une journée de congé pour récupérer et n'hésitez pas à consulter votre médecin si vous saignez ou souffrez anormalement. Et surtout, prenez soin de vous. Si vous vivez mal votre décision, confiez-vous à une personne de confiance. 

La douleur lors des rapports

Normalement, si vous êtes prêt-es, que vous avez doucement préparé la pénétration et que vous utilisez un bon lubrifiant, vous ne devriez pas avoir mal. Si c'est le cas, essayez de changer l'angle de la pénétration, allez-y à votre rythme et n'ayez pas peur d'ajouter du lubrifiant. Si la douleur est insoutenable lors d'une pénétration vaginale, consultez votre médecin, car il se pourrait que vous souffriez de vestibulite vulvaire, de dyspareunie, de vaginisme ou de vestibulodynie

Le consentement

Le consentement est nécessaire pour avoir une relation sexuelle. Peu importe votre genre ou votre orientation sexuelle, il est essentiel de vous assurer du consentement de votre (ou de vos) partenaire(s). Rappelez-vous que le consentement doit être donné de façon claire, libre et éclairée à chaque nouvelle étape de la relation sexuelle et doit être renouvelé les fois suivantes. Vous avez le droit de ne pas avoir envie de relations sexuelles (maintenant, comme ça, ou jamais), peu importe vos raisons. La sexualité, ça ne peut être enrichissant, plaisant, incroyablement beau que si les personnes impliquées sont présentes, excitées et aussi brûlantes de désir les unes que les autres. 

 Il se peut aussi que les relations sexuelles ne vous intéressent simplement pas parce que vous êtes asexuel-le. Dans ce cas, discutez-en avec votre partenaire et ne vous forcez surtout pas à avoir des relations sexuelles si vous n'en avez vraiment pas envie. Votre partenaire doit vous respecter et surtout ne pas vous culpabiliser de ne pas avoir les mêmes envies. 

Enfin, que vous recherchiez un coup d'un soir, une relation durable avec ou sans sexe ou autre chose, l'important, c'est de pouvoir communiquer librement, respecter vos limites et vous protéger. Votre santé sexuelle n'est pas à négliger et je vous invite à en prendre soin. Le self care, ce n'est pas seulement des bombes pour le bain: c'est aussi se faire dépister!

 

 





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